La route descend sur plus de 30 km jusqu'a la frontiere, un vrai bonheur, je me laisse descendre sans aucun effort. La sortie d'Afrique du Sud me prends quelques minutes seulement, pas de paperasse pour le vehicule, un tampon et c'est tout. Je traverse le fleuve Orange, la frontiere naturelle entre les deux pays, enfin une riviere avec de l'eau dedans. Ce n'est guere plus complique d'entrer en Namibie, une petite fiche a remplir et le tour est joue mais le douanier tient absolument a ce que je mette une adresse de residence en Namibie. L'amateur aurait dit qu'il voyage a velo sans savoir ou il va et se serait pris la tete avec le gentil monsieur mais l'experience me guide vers le panneau a prospectus dont je recopie l'adresse d'une auberge, c'est la que je vais, j'y serai surement ce soir il y a a peine 1000 km!!!
C'est incroyable ce changement brutal que l'on ressent souvent en passant une frontiere, la ville ou je pensais passer la nuit, retirer de l'argent, me connecter a internet et acheter a manger n'est qu'un village de toles, nous sommes dimanche et tout est ferme, je crois que ce coup-ci je suis vraiment en Afrique. Je fais le plein de mon bidon d'eau et decide de continuer a rouler, mes 15 euros en poche pour au moins 5 jours sans meme etre sur qu'il y aura un distributeur a la prochaine ville.
Le vent siffle dans mes oreilles, des filets de sable survolent la route en permanence, il n'y a plus rien, la prochaine maison sera dans 200 km. Etrange impression de partir vers nulle part, d'aller la ou il n'y a rien, aurai-je assez d'eau, assez de nourriture? J'ai beau rouler sur la route principale qui traverse le pays du Sud au Nord je ne vois que de tres rares voitures, l'une d'elle qui passe en sens inverse me fait des signes dans tous les sens, ils m'applaudissent, ils m'encouragent et quelques minutes plus tard les voila revenus a mon niveau et ils s'arretent sur le bas-cote. Un homme et deux femmes en descendent, des canadiens qui ont traverse l'Afrique a velo du Caire jusqu'au Cap, le tout en 4 mois... Cependant ils etaient suivis par une voiture et n'avaient pas a transporter tout l'equipement, ils ont fait cela pour une association ( www.cyclingtheroadlesstravelled.com pour plus d'informations). Ils sont heureux de me voir et surpris par le poids du velo, ils viennet justement de la ou je vais et ils me donnent de precieuses informations. Ils m'alourdissent d'un litre d'eau, de choocolat, de fromage, de pain et diverse nourriture, ce soir ca va etre le festin dans la brousse. Malheureusement l'apres-midi touche a sa fin et ils me remettent en selle, je dois atteindre la piste qui bifurque vers l'Ouest pour pouvoir planter ma tente, avant il y a des clotures de chaque cote.
La voila cette fameuse piste, celle dont je me demande depuis un moment si elle est praticable a velo ou si je vais devoir faire un gros detour. Je roule pendant 5 km histoire de trouver un coin tranquile, le soleil decline a l'horizon, c'est la premiere fois que je roule jusqu'a la nuit et c'est bien agreable, pas de stress je sais que je dormirai dehors ce soir, peu importe l'endroit. Je suis un peu decu de voir qu'il y a toujours des clotures au bord de la route mais tant pis je m'arrete et cale ma tente a l'abris d'un buisson, de toute facon personne ne va passer par ici cette nuit. Ce soir je mange bien, il y a meme une pomme, un vrai luxe. J'enfile ma polaire et mon bonnet et me couche dans la fraicheur de la nuit.
Reveil matinal, je mange mes cereals sur un fond de lever de soleil. Je roule encore et toujours, j'ai l'impression de passer mon temps a boire et a manger des sucreries. La piste est correcte, certains passages sont un peu sablonneux mais rien de bien mechant. Ce matin j'ai vu une voiture seulement et en debut d'apres-midi il y en a bien une dizaine qui me doublent en moins d'une heure, ce son des touristes qui vont voir le canyon, ils passent dans des nuages de poussiere et je maudis ceux qui me frolent sans ralentir, ils seront au canyon dans quelques heures, y serai-je demain?
La montee impossible, il y avait tout le desert pour tracer une piste et il a fallu qu'il la fassent passer sur cette montagne en plein milieu, et voila que le vent commence a me souffler dans le visage. Je prends mon courage a deux jambes et attaque tranquilement la montee, dans le desert on ne se rend pas compte des distances et ce qui semble etre parfois a 1 km est en fait a 10 km, on ne distingue meme pas si ca monte ou descend. Je m'arrete bien 3 ou 4 fois avant d 'arriver au sommet, c'est dur et il fait chaud mais je l'ai quand meme montee. Une fois en haut je fais une bonne pause et voial qu'un 4x4 s'arrete a ma hauteur, une famille de sud-africains, ils me tendent une biere fraiche et une bouteille d'eau fraiche avec quelques friandises, le bonheur absolu.
Aujourd'hui j'ai l'intention de rouler jusqu'a Ai-Ais, la ou l'on peu admirer le canyon et se baigner dans une source d'eau chaude, je sais que l'endroit est en principe ferme mais j'espere bien y faire le plein d'eau et y planter ma tente. En fin d'apres-midi j'arrive au croisement ou je reviendrais demain pour poursuivre ma route. J'entame une grande descente particulierement raide, quand je pense que je la remonterai demain… La piste serpente pendant 7 km entre les montagne et la un type en uniforme m’arrete, il m’explique que Ai-Ais est ferme et que personne ne peut y aller, pas d'exceptions. Je tente de lui expliquer que je dois dormir ce soir et que je dois faire le plein d'eau mais il parle a peine anglais et ne comprends rien. Je dois me resoudre a faire demi-tour, a remonter cette maudite cote et a passer une nuit de plus dans la nature, un dur coup au moral. Et c'est reparti pour 7 km dans l'autre sens, ma destination est maintenant Hobas, un autre endroit d'ou l'on peut admirer le canyon a 60 km d'ici, pas la peine de penser y arriver ce soir. Je roule jusqu'a la nuit et plante ma tente derriere une petite elevation pour etre cache de la route, je suis dans un parc national ou il est bien sur interdit de camper, rassurez vous je trimbale ma poubelle avec moi.
Le lendemain la piste est magnifique mais un peu moins bonne, il y a beaucoup de passage plein de sable, je fais connaissance avec la tole ondulee qui me secoue dans tous les sens, les roues patinent sur les gravillons, je dois etre prudent avec mon velo si mal charge. Au bout de 30 km j'arrive a une lodge pour touristes que je prends d'abord pour Hobas, le staff est tres gentil et ils sont bientot tous reunis autour de mon velo etonne que je sois ariive jusqu'ici la dessus. Ils remplissent mes gourdes, il etait temps mon bidon est vide et me disent que Hobas est en fait a encore 20km. Et c'est reparti, ca monte et ca descend sur une piste en devers des plus dangereuse, je me fais quelques frayeur et me resigne a freiner dans les descentes, il y a de plus en plus de cailloux.
Me voila a Hobas, on me demande 80dollars Namibien ( a peine 7euros) pour entrer et 200 pour camper, je n'ai pas l'habitude de payer plus de 40 ou 50 dollars pour camper et de toute facon je n'ai pas 200 dollars. Je suis tres decu et deja resigne a repartir dans la soiree pour une nouvelle nuit en brousse quand un 4x4 s 'arrete et me questionne sur mon voyage, le chauffeur me donne 200 dollars, je refuse pour la forme mais ils tombent vraiment a pic, j'ai besoin d'une douche ce soir, il me donne aussi des chips et deux pommes, c'est parfait j'ai droit a une bonne action tous les jours. En discutant avec la patronne j'arrive a l'attendrir avec mon voyage a velo et elle finit par ma laisser dromir pour 100 dollars, en plus d'avoir une douche j'aurais un repas chaud ce soir.
Je file jusqu'au canyon a 10 km de la, quelques voitures de touristes me depassent. J'atteint rapidement le point de vue et effectivement c'est joli, un enorme canyon avec un petit filet vert tout en bas, la Fish River. Seance photo pendant qu'une salete d'oiseau a deja entame la pomme qu j'avais laissee sur la table, c;est pas le moment de me faire voler ma nouriture. Je continue pendant 2 km jusqu'a un autre point de vue, c'est carement un champs de cailloux pour y acceder, ca fini par un petit raidillon ou je dois balancer mon poids en avant ou en arriere pour que mes roues adherent, je passe des petits rochers, mes pedales frolent les cailloux, heureux souvenir du temps ou je faisais du VTT. J'ai decide que je monterai et je la monterai cette foutu cote, il s;en faut de peu a plusieurs reprises pour que ma roue decolle du sol et enfin j'arrive au sommet ou 4 touristes qui ont suivi la performance m'applaudissent, un couple de suisses et un couple d'allemands. Je passe un moment avec eux et rentre au camping. Je m'apercois alors que dans les cailloux j'ai perdu un tube de ma petite plateforme en platique, je n'ai pas le courage d'alelr le chercher, ca tiendra bien encore un peu. Je fais une beaute a mon velo qui souffre de la poussiere, nettoyage a la gourde, degraissage et graissage de chaine. Puis c'est mon tour, enfin une douche. Dans la soiree je tombe sur Steve, l'Americain avec qui j'etais monte sur Table mountain il y a un mois, le monde est petit. Il voyage avec un de ces gros camion a touristes qui les promene d'Afrique du Sud jusqu'au Kenya, je passe la soiree avec le groupe, aujourd'hui ca fait un an que je voyage et j'ai passe les 1000 km ce matin, j'ai droit a une coupe ou plutot une gorgee de champagne.
Reveil a la frontale, je plie ma tente dans le noir et pars au premieres lueurs du jours. Je roule dans un paysage de savanne alors que le soleil se leve, un troupeau de sringboks court a ma hauteur a une centaine de metres environ, ils me suivent plusieurs minutes, c'est magnifique. un peu plus loin j'apercois un groupe d'autruches dans les hautes herbes. Puis ma voiture du jour s'arrete, c est mon payeur de camping, aujourd hui il me paye une pomme et des bonbons. Je pensais faire le plein d'eau a Holloob, un petit village sur ma carte et en realite une maison abandonnee, pas ame qui vive ici, d'un coup je bois moins souvent. Aujourd hui j'ai plus de 100 km a faire avant le prochain village. Et la piste continue inlassablement, pour une fois c'est plat et ca roule bien mais les paysages sont monotones. Je longe une ligne de chemin de fer et je suis presque etonne quand je vois de la fumee au loin, il y a bien un train qui passe par ici. J'abat 110km sans souci a 17km/h de moyenne, a peine fatigue, comme quoi des que c'est plat et qu'il n'y a pas de vent tout va beaucoup mieux. Le village de Seeheim doit etre compose de 10 maisons environ et d'un robinet commun mais il y a un magnifique hotel a cote duquel je plante ma tente, j'ai meme droit a une douche tiede.
Ce matin je m'offre un petit dejeuner de luxe, je n'ai pas assez mange ces derniers temps et je sens que je faibli. Les oeufs, le bacon, les toast, le pichet de jus tout y passe, je fais table rase, pas de quartier. Maintenant je regarde la nourriture en terme d'energie. A ma grande deception je retrouve le goudron et entame une cote sur plus de 30 km, le vent souffle pleine face. Au bout de 20 km je n'ai plus de jambes et je dois en faire 95 aujourd'hui, baisse de morale, je n'y arriverai jamais. Je lutte, je souffre, j'insulte le vent mais rien n'y fait je me lasse avant lui. Enfin ca descend un peu, c'est de courte duree et je suis toujours oblige de pedaler, un enfer. Je mange ma derniere barre de chocolat, ce coup ci je n'ai plus rien, j'ai fini ma derniere boite de conserve a midi. J'arrive au croisement qui me fait obliquer vers le Nord, avant je roulais vers l'Ouest, le vent souffle de Nord Ouest donc je l'ai toujours dans la face. Je commence a avoir serieusement mal au fesses, je suis oblige de m'arreter tres regulierement, je mouline, je regarde ma roue avant et essaie de ne penser a rien. Les 10 derniers km sont les pires, je n'ai jamais eu le moral aussi bas et aussi mal aux fesses. Mais tout arrive et j'apercois enfin un clocher a l'horizon, c'est ca leur ville... C'est un petit village mais il y a un supermarche, une sorte de cybercafe et j'arrive a retirer de l'argent avec une mini-machine et une grosse commission.
La bonne action du jour arrive enfin, le patron del'hotel du village qui en train de tout remettre a neuf me laisse camper gratuitement au milieu des parpaings, certes il n'y a pas de douches mais le soir il m'offre un repas de roi, steak de kudu avec petits legumes du meilleur effet dans un cadre magnifique au coin du feu avec de la musique, ca faisait un moment que je n'avais pas fait un aussi bon repas, quel bonheur. Je passe la soiree avec le patron et sa femme qui me parlent de la Namibie et aussi de la Reunion dont ils sont fans. Le lendemain j'ai droit a un petit dejeuner au moins egal au diner d'hier, toujours offert par la maison.
Aujourd'hui je suis encore au meme endroit, a Bethanie. Dehors c'est la tempete, un vent du Nord tres violent, pas question de reprendre la route, le sabvle vole dans tous les sens, ma tente en est d'ailleurs remplie, ca va etre gai cette nuit. Demain le vent devrait faiblir et meme tourner, je rependrai la route tranquilement par une etape de 85 km, je crois que c'est de la piste a nouveau.
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